Face au quartier de Saint-Goustan, le quai Martin est depuis deux siècles un lieu de vie pour les Alréens et Alréennes : promenade prisée aujourd’hui, il fut jadis animé par des activités économiques et industrielles, entre cales et scieries. Il fête ses 200 ans en 2025.

La construction du Quai Martin

La construction du Quai Martin au début du 19e siècle répond à un besoin vital : améliorer l’accès à l’eau potable pour les quelques 700 habitants du quartier de Saint-Goustan. 

Pour y remédier et dans l’intérêt commun, le conseil municipal entreprend en 1815 la construction d’un quai sur la rive droite, en contrebas des ruines du Château. Ce projet salutaire, mené dans un contexte social difficile, a mobilisé les ressources de la commune et l’engagement de figures locales telles que Jacques-Augustin Martin et le préfet Chazelles. 

Le « Quai Martin » est achevé en 1825 et compte de nombreuses fontaines et lavoirs, témoins d’une volonté municipale d’améliorer le quotidien des Alréens et Alréennes et de doter la ville d’équipements publics essentiels. 

[Saint-Goustan, peuplé] d'environ 700 âmes et qui, dans l'été, manquent presque toujours d'eau

Aménager les rives du Loc'h

Alors que la rive gauche était dotée de quais et de cales depuis l’époque moderne (17e et 18e siècles), la rive droite ne disposait que d’une cale située en contrebas du pont. Sous les vestiges du château puis de la Promenade du Loch, le rivage était au 18e siècle semblable à celui visible au Moyen-Âge et à l’époque moderne. 

Un plan dressé à la fin du 18e siècle représente un espace naturel abrupte et envasé, démontrant ainsi l’absence d’aménagements urbains le long de la rivière d’Auray. 

Extrait d’un plan de la rivière d’Auray depuis le pont de Saint-Gonflant jusqu’à la pointe de Kérisper ou la partie qu’il faut netoïer. Lég. Mine de plomb, plume, encre de Chine, encre rouge et aquarelle. 18e siècle. AD35, C 1178 (1)

La construction d’un quai débute en 1815, dans une période marquée par le chômage de nombreux habitants : le chantier fournit alors un revenu fixe pour subvenir à leurs besoins et améliorer les conditions de vie des Alréens.  

Le 5 mai 1821, le conseil municipal réaffirme que l’établissement d’un quai est déclaré d’utilité générale, notamment pour accéder aux sources d’eau potable découvertes au pied de la Promenade du Loc'h. Le chantier nécessite des efforts financiers qui dépassent les seules ressources communales et le conseil municipale sollicite l’aide financière du préfet Chazelles, qui apporte son soutien. 

Tandis que les travaux du quai progressent, le conseil municipal approuve en 1824 la dénomination du quai, qui devient le « Quai Martin », en référence à Jacques-Augustin Martin, un négociant alréen adjoint au maire et responsable des travaux qui s'était beaucoup investi dans ce chantier. Il fut également maire d'Auray de mars 1826 à août 1830. 

Délibération du 5 mai 1821. Archives municipales d’Auray, 1 D 8.

Le choix du nom

[l.1] Le Conseil Considérant que l’Etablissement d’un quai au pied de La promenade
[l.2] du Loc est d’une utilité Générale pour la Commune et notamment pour le faux-bourg
[l.3] St. Goustan, dont la population est d’Environ Sept Cents ames, qui dans l’été manque
[l.4] Presque toujours d’Eau et que par le moyen ils s’en procurent facilement à la source
[l.5] qui y a été découverte. 2° qu’un semblable travail ne peut Etre avantageusement
[l.6] délivré que dans la Belle Saison. 3° qu’en Renvoyant a L’année prochaine la
[l.7] Continuation de ce travail, Il serait Bien a Craindre que la Rapidité du Courant
[l.8] n’entrainat partie de celui déjà fait, ce qui deviendrait préjudiciable, tant au port
[l.9] qu’aux interieurs de la Commune. Arète à l’unanimité que Monsieur le Maire
[l.10] sera prié de solliciter de Monsieur le Préfet, l’autorisation de Relire le Prix
[l.11] promptement possible de sa cause de service la somme de quinze cents francs
[l.12] pour Etre Employée à L’achèvement du quai dont est […]
[l.13] Le Conseil n’ayant plus rien a Délibéré, la Séance a été levée et la délibération
[l.14] signée par les membres présents

La fontaine Chazelles 

Le Quai Martin comprend une série de fontaines et de lavoirs réalisés au moment du chantier de construction. Parmi ces ouvrages, la Fontaine Chazelles est achevée en 1824 pour approvisionner les habitants du quartier et les navires en eau douce. 

En reconnaissance du soutien financier du comte de Chazelles, préfet du Morbihan, le conseil municipal décide à l’unanimité, lors de sa séance du 14 mai 1824, de baptiser l’ouvrage « Fontaine Chazelles ».

Une fleur de lys gravée dans la pierre fait référence au roi de France Louis XVIII, qui compléta la somme nécessaire à la construction de la fontaine. 

Photographie de la Fontaine Chazelles (sans date). Archives municipales d’Auray, Fonds Jean Péron, 3 Fi 4492
Restauration du Quai Martin en 1996. Archives municipales d'Auray, 3 Fi 1352

Une construction fragile

Environ un siècle plus tard, le 19 mai 1928, le conseil municipal décide de surélever les quais fragilisés par les mouvements de la marée en utilisant les pierres d’un immeuble autrefois situé dans la rue du Château. Le maire expose alors l’intérêt d’utiliser le lavoir d’une fontaine dite « des charpentiers », référence aux activités industrielles liées aux métiers du bois. Cette décision est également la suite d'une série de mesures prises par la Ville pour fournir du travail aux chômeurs, nombreux au début du 20e siècle. 

Plus récemment, des travaux de consolidation ont été menés en 1991-1992, 1996 et en 2024. Chaque campagne de travaux nécessite de profiter de la marée basse pour accéder aux fondations et restaurer les joints des cales et du Quai Martin.