Alréen d'adoption ayant vécu à Saint-Goustan, Gaston Demoulin fut un passionné d'histoire : ses recherches et ses manuscrits complétés par des dessins et aquarelles offrent un véritable témoignage de la ville entre la fin du 19e et la moitié du 20e siècle. 

Carte d'identité de Gaston Demoulin, 1936. Archives municipales d'Auray, 2 J 1

Gaston Demoulin : portrait

Gaston Demoulin naît à Nantes le 13 juillet 1874 dans une famille d'industriels ayant possédé une usine de salaison à Nantes et une usine de fabrique de conserves à Portivy sur la presqu’île de Quiberon. 

La vie le fait voguer entre Nantes, Paris et Auray, où il rencontre Jeanne Marie Lorho qu’il épouse le 9 novembre 1903. Il devient le directeur de l’usine tenue par le père de celle-ci, des années 1910 jusqu’en 1925. Après s’être retiré des affaires, Gaston Demoulin mène des recherches et écrit des manuscrits sur l’histoire d’Auray et de ses environs.

Il a également participé à la Première Guerre mondiale, combattant à Verdun, dans la Somme et en Italie. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il rédige un journal intime depuis sa maison nommée « La Solitude » à Saint-Goustan, un véritable témoignage de la vie dans la cité alréenne depuis la défaite du 21 juin 1940 jusqu’à la libération américaine le 7 août 1944.

Gaston Demoulin décède 25 ans plus tard le3 mars 1969 à Missilac (Loire-Atlantique) où il s’était retiré après avoir passé près de 60 ans sur Auray.

"M. Gaston Demoulin, s'est consacré depuis de longues années à cette tâche de chercheur [...] tellement qu'on pourrait lui donner le titre élogieux de premier historien d'Auray, qu'il mérite complètement"

" Ce qui restait des bâtiments de l'usine de mon père à Portivy, vers l'année 1900". Archives municipales d'Auray, 2 J 1

L'enfance de Gaston Demoulin

Son enfance nous est connue par son manuscrit « Souvenirs d’enfance » qu’il clôt en juin 1943. Il y narre ses souvenirs à travers de nombreuses anecdotes auxquelles il apporte des illustrations photographiques et graphiques.

La première mention d’Auray remonte à ses voyages entre Nantes et l’usine de fabrique de conserves de son père à Portivy lorsque la famille s’y rendait en l’été. La cité alréenne était alors un point de correspondance entre la ligne de chemin de fer de Nantes à Quimper et celle d’Auray à Quiberon. L’enfance de Gaston Demoulin passe aussi par des voyages : son arrivée à Paris en 1879 est documentée de très longues descriptions sur la ville, son ambiance, ses rues, ses monuments.

Il évoque aussi des rencontres, d’abord avec Saint Jean Bosco, puis le scientifique et chimiste Louis Pasteur. Enfin, une dernière anecdote nous plonge dans les mystères de la fin du XIXe siècle : alors que le père de Gaston Demoulin devait recevoir un chef pour lequel il travaillait, il attendit des jours sans obtenir aucune nouvelle. Ce chef avait bien effectué le trajet de Collioure jusqu’à Paris, mais il n’arriva pas chez la famille Demoulin et aucune trace de lui ne fut retrouvée par la suite. La disparition ne fut jamais résolue.

Livret militaire de Gaston Demoulin, 1895-1922. Archives municipales d'Auray, 2 J 4

Son parcours militaire

Gaston Demoulin débute son service militaire le 18 novembre 1895, il devient brigadier le 17 mai 1895, puis brigadier fourrier le 23 juillet 1896 et termine maréchal des logis le 21 novembre 1896.

Il participe à la Première Guerre mondiale au sein du 46e régiment d’artillerie qu’il intègre le 1er mars 1916 et avec lequel il est sur le front lors de la bataille de Verdun ainsi qu’à la bataille de la Somme. Le 10 mars 1918, il est transféré au 13e régiment d’artillerie avec lequel il combat en Picardie, en Champagne, en Lorraine et dans le sud de l’Alsace. Il combat également en Italie où il finit sa campagne militaire en obtenant le Ruban des « fatigues » de Guerre italienne (ou « Ruban de l’effort de guerre », décoration offerte à ceux ayant combattu en Italie aux côtés des Italiens) avant d’être finalement déchargé de son obligation militaire le 10 octobre 1922.

Photographie du quartier de Saint-Goustan. On aperçoit sa maison, "La Solitude", devant l'Église Saint-Sauveur, 1930. Archives municipales d'Auray, 2 J 8
Courrier demandant l'autorisation d'implantation d'une usine de conserves alimentaires, 1880. Archives municipales d'Auray, 2 J 3

Alréen d'adoption

D’abord employé de commerce, Gaston Demoulin devient très vite un industriel. Au début des années 1910, il reprend la direction de l’usine de fabrication de conserves créée en 1902 par Louis Lorho, le père de sa femme. Située sur le Quai Neuf à Saint-Goustan, elle fabrique notamment des conserves de légumes. Gaston Demoulin en tient les rênes jusqu’en 1925 où il décide de se retirer des affaires. L’usine quant à elle, ferme ses portes en 1962.

Après la perte de sa femme le 10 avril 1927, Gaston Demoulin consacre une grande partie de son temps à sa passion : l’histoire. Il mène de nombreuses recherches en s’appuyant sur différents ouvrages et des notes qui lui sont transmises. À partir de cela, il écrit plusieurs manuscrits sur l’histoire d’Auray et de ses environs, faisant de lui le « premier historien d’Auray » d’après le titre honorifique que lui attribue le journal « La voix de l’Ouest » du 29 avril 1947. 

Il rédige ses écrits depuis l’une de ses nombreuses propriétés nommée « La Solitude » qu’il a achetée en 1923. Il se penche d’abord sur des personnages historiques tel que Benjamin Franklin et Gilles de Rais en 1933 avant d’élargir à des domaines beaucoup plus large sur Auray et ses environs.

Dessin d'un plan d'Auray, 1933-1934. Archives municipales d'Auray, 2 J 7
Attestation d'autorisation de laissez-passer en zone côtière, 1942. Archives municipales d'Auray, 2 J 2

La Seconde Guerre mondiale

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il écrit deux manuscrits personnels : un registre sur ses souvenirs d'enfance et un journal intime sur les événements qui surviennent à Auray sous l’occupation allemande. Il y dévoile de nombreuses anecdotes, comme lorsque lors d’une réunion, un des adjoints au maire propose de faire sauter le pont de Saint-Goustan afin d’empêcher les Allemands d’arriver en ville ; ou encore lorsque le 15 janvier 1941, des tracts sont placardés en ville sans doute pour exalter De Gaulle, et que les Allemands prennent pour sanctions la fermeture des cafés et restaurants à partir de 17 h accompagné d’une interdiction de circuler en ville de 19 h à 8 h.

La position de Gaston Demoulin envers l’occupant allemand semble assez complaisante et souhaite que tout se passe pour le mieux, sans accroc avec les autorités d'occupation. Pourtant, il n’hésite pas à les décrire comme des « imbéciles […] sans cervelle ». Il se plaint également des pénuries qui touchent la cité alréenne sur les produits du quotidien ainsi que des fausses rumeurs qui font le tour de la ville. Son ouvrage permet également d’avoir une vision des combats qui touchent la région entre les deux camps jusqu’à l’entrée des Américains dans la commune le 7 août 1944.

Gaston Demoulin aux archives

Par son testament de 1963, Gaston Demoulin dit léguer l’ensemble de ses biens à Mme. Jacqueline Gachon, une femme réfugiée qu’il avait accueillie dans sa résidence durant la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci fait don des archives de Gaston Demoulin à la Ville d'Auray en 2003.  

L’ensemble des archives comportent plus d’une douzaine de manuscrits illustrés, des iconographies ainsi que des papiers d’état civil. Ils sont soigneusement sauvegardés dans le but de conserver ce témoignage précieux de l’histoire d’Auray.

Sources :

GUILLET Jacques, Auray, 1860-1980, Spézet, Coop Breizh, 2012, 239 p.

Archives municipales d'Auray

5 i 1 : Demande d'autorisation de fondation de l'usine de conserves, 1880. 

Fonds Gaston Demoulin

2 J 1 : Photographie de l'usine de conserverie de Portivy, vers 1900. 

2 J 2 : Attestation d'autorisation de laissez-passer en zone côtière, 1942.

2 J 3 - Article de presse de la Voix de l'Ouest, 29 avril 1947.

2 J 4 - Livret militaire, 1895-1922. Carte d'identité (1936).

2 J 5 - Manuscrit avec notes manuscrites sur Auray, 1921.

2 J 7 - Dessin du plan d'Auray, [1930-1950].