À l'aube du 20e siècle, les frères Auguste et Louis Lumière inventent le cinématographe et tourneront le premier film de l'histoire du cinéma à Lyon, le 22 décembre 1895. Cette invention technique et technologique connaît alors un immense succès en France qui entraîne l'ouverture de salles de projection.

À ses débuts, le cinéma est d'abord un spectacle mobile : les projections sont nomades et prennent place dans des lieux publics, culturels ou à l'occasion d'évènements. 

Découvrez les vies du cinéma à Auray ! 

Le Petit Théâtre, avant 1925. Archives municipales d'Auray, 4 Fi 215

Les débuts du cinéma au Petit Théâtre

Avant d'être un lieu culturel fixe, le cinéma est d'abord itinérant ! C'est en 1901 qu'il fait ses timides débuts à Auray, où des séances de « cinématographie  » prennent place dans la salle de musique ou sur la place du Coh'liorch (actuelle Place Joffre), là où se tenait le marché aux cochons.

 « Toutes les gentilles Alréennes se feront un devoir et un plaisir d’aller voir et applaudir ces spectacles dont l’intérêt n’est pas discutable »

Avec la construction du Petit Théâtre en 1908, la Ville d'Auray dispose désormais d'une salle des fêtes en plein centre-ville. En 1914, la municipalité consent à louer le bâtiment tous les samedis et dimanches à des directeurs de représentation cinématographiques pour leurs projections, se réservant le jeudi pour des représentations « instructives » à destination des scolaires. Deux ans plus tard, c'est un cinéma Pathé qui y est installé ! Mais le Petit Théâtre est loin d'être plébiscité par les Alréens, reprochant au propriétaire du cinématographe de ne pas bien maîtriser son appareil, à une époque où le cinéma fonctionne à l'acétylène, un matériau hautement inflammable.  

Pouvant accueillir jusqu'à 450 spectateurs, le Petit Théâtre n'offre pas toutes les garanties de sécurité exigées par les compagnies d'assurance. En 1920, Les trois architectes ayant construit la salle des fêtes (Dutrartre, Caro et Ramonatxo) sont sollicités par le conseil municipal pour envisager la construction d'une window sur la façade latérale du bâtiment pour permettre « d'y loger l'appareil à projections du cinéma ». Ce projet est abandonné en raison du coût des travaux et face aux risques d'incendie et aux besoins en personnel, puisque le cinéma doit être constamment surveillé par un pompier. 

Faute de rentabilité, l'exploitant demande en 1922 la résiliation de son bail de location du Petit Théâtre. 

Le cinéma du Maneguen, août 1968. Archives municipales d'Auray, Fonds Albert Garin, 38 J

Le cinéma de patronage : le Maneguen

Aux débuts du cinéma, et jusqu’à l’apparition des premières salles fixes, l’Église regarde ce nouveau spectacle avec une grande méfiance, redoutant son influence sur les fidèles. Mais le contexte de la Première Guerre mondiale vient modifier cette perception : face aux bouleversements de la société, des initiatives comme les cinémas de patronage voient le jour, marquant une première appropriation du cinéma par les milieux religieux et amorçant un changement durable dans leurs relations.

À Auray, le cinéma duManeguen est attesté dès 1914 sur l'ancienne route de Vannes (av. Wilson). Comme les autres cinémas paroissiaux, il a joué un rôle important dans l'éducation populaire et le développement culturel des pratiquants, soucieux de proposer des films adaptés aux "convenances et moralités" de l'époque. Avec près de 400 places, le cinéma du Maneguen s'adapte à son temps et propose des films parlants dès 1932. 

Peu à peu, le Maneguen ne répond plus aux exigences de sécurité : des travaux d'aménagement sont engagés en 1949 pour améliorer les conditions de secours et de résistance au feu, à l'époque ou les bobines de film sont en nitrate de cellulose, un matériau utilisé jusqu'en 1950 et qui pouvait s'enflammer tout seul au-delà de 35 degrés. 

Plan d'aménagement du cinéma Atlantic, 1967. Archives municipales d'Auray, 2 T 35
Dessin de la façade du cinéma des Arcades, 1991. Archives municipales d'Auray, 38 W 7

Les premières vies d'un cinéma de centre-ville

Le cinéma Atlantic (1932-1970')

Après le Petit Théâtre, la municipalité entreprend de créer un cinéma dans le centre-ville, rue du Lévénant : ainsi né l'Atlantic en 1932 par Robert Legrand. Il comprenait une salle unique de 560 places et une scène de 10 mètres par 5 mètres. Après Legrand, le cinéma sera repris par Henri Goudonis en 1949 puis par Allain dans les années 1970. 

De l'Arletty (1980-1987) aux Arcades (1987-2015)

Le cinéma prend le nom d'une figure emblématique du cinéma parlant français : Arletty, née Léonie Bathiat. Après quelques années d'activité, le cinéma est placé en liquidation judiciaire et menacé de fermeture. Il est repris en 1987 par Lucie et Georges Kerlaud et portera le nom de « Les Arcades », une référence explicite aux arcades présentes sur la façade du bâtiment. 

Ce cinéma est divisé en 3 salles pour accueillir 360 spectateurs, des plus jeunes avec les séances du « ciné - collège » aux personnes âgées avec les clubs du 3e âge. Les Arcades deviennent rapidement un lieu culturel incontournable, marquées par une fréquentation proche des 36 000 entrées dès sa réouverture en 1987. 

 « La Ville fera tout pour empêcher qu'il disparaisse parce que c'est un des composants de la vie culturelle »

Après une période difficile dans les années 1990, marquée par une baisse de la fréquentation à l’échelle nationale, les Arcades ont retrouvé leur public à partir des années 2000, suivant la tendance nationale. Cette reprise a conduit à un pic d’environ 60 000 entrées au moment de la vente en 2007. Celle-ci s’inscrit dans le choix de son dirigeant de prendre sa retraite, après vingt années passées à la tête de l’établissement.

Après avoir projeté plus de 6 000 films, l’établissement change de mains en 2007 avec Sylvain Lecointre et Yun Planchenault. Cette nouvelle équipe va découvrir le métier de gérant de cinéma et s'engagent à maintenir son identité, notamment en conservant le label « Art et essai ». Durant cette période, la fréquentation reste soutenue, oscillant entre 55 000 et 67 000 entrées par an.

Si les Alréens ont connu la fermeture définitive de ce cinéma le samedi 11 avril 2015, le bâtiment construit en 1932 ne sera pas resté fermé très longtemps. Vendu en 2016 à une salle de spectacle originaire de Rouen : le Théâtre à l'Ouest, 247 places accueillent désormais un public nombreux et régulier venus aux spectacles de one-man show, comédie de boulevard ou de stand-up

Ancien projecteur « Cinemeccanica » du cinéma Les Arcades installé dans le hall du Ti-Hanok, 2026.

Le Ti-Hanok : le cinéma s'exporte

Dès leur rachat des Arcades en 2007, Sylvain Lecointre et Yun Planchenault imaginent la construction d'un nouveau cinéma en périphérie d'Auray, Porte Océane. Le développement des multiplex, les problèmes acoustiques du cinéma des Arcades et la difficulté de stationnement sont autant d'éléments qui les encouragent dans ce choix.

Les esquisses sont réalisées dès 2010 et coïncident avec le projet de construction de la piscine « Alre'O ». Le cabinet d'architecte Régis Grima et Gilles Loussouarn est retenu pour la construction de nouveau cinéma qui aura coûté près de 5,2 M d'euros. 

Après plus de 2 ans de travaux, le « Ti Hanok » est inauguré le 4 mai 2015. Avec près de 850 places, ses 5 salles participent à l'architecture atypique du bâtiment, notamment grâce à un effet de « boîte dans la boîte » mis en valeur par un toit à double pente

Organisé autour d'une place centrale conviviale, le Ti Hanok accueille chaque année près de 200 000 spectateurs et a franchi le seuil symbolique du 1 000 0000ème spectateur en 2021. 

Ce nom symbolise l'identité que ses créateurs ont souhaité insuffler au cinéma, à savoir un lieu où l'on se sent bien, comme à la maison. Ainsi, il est la combinaison entre « Ti » (avec un i) qui signifie « Maison » en breton et « Hanok » qui est le nom donné aux maisons traditionnelles coréennes des 2 origines de ceux qui ont pensé le lieu.

Sources

Entretien

Sylvain Lecointre, gérant du cinéma Ti Hanok, le 26 mars 2026

Archives municipales d'Auray

1 D 15 - Registre de délibérations du conseil municipal (1913-1919), séances du DATE

1 D 16 - Registre de délibérations du conseil municipal (1919-1922), séances du 4 octobre 1920 et du 18 juillet 1922. 

1 M 3 - Construction d'une cabine de cinéma (1920). 

1 M 27 - Rapports de la commission de sécurité sur l'Atlantic Cinéma (1930-1932) et sur le cinéma du Mane Guen (1946-1951).

2 T 35, n° 73091 : ALLAIN André, transformation et aménagement de l'Atlantic Cinéma en 1967. 

1 W 1860 - Demandes de subventions concernant l'achat du cinéma Les Arcades, délibération du 2 juillet 1991. 

1 W 1861 - Demandes de subventions relatives aux travaux de modernisation du cinéma, 1995. 

38 W 7 - Dessin de la façade du cinéma "Les Arcades", 1991.

AD9120 - "Le cinéma de ville vit ses dernières heures", Le Télégramme de Brest, 1 juin 2005. 

3 Fi 5685 - Photographie de la façade du cinéma Les Arcades après des travaix de rénovation, 9 septembre 1998. 

4 Fi 215 - La salle des Fêtes d'Auray, carte postale, avant 1927. 

Sites internet

Ti Hanok (Cinéma Ti Hanok), consulté en mai 2026

grima loussouarn architectes (L'agence), consulté en mars 2026

Archives départementales du Morbihan, Le Nouvelliste du Morbihan (Archives en ligne), consulté en mai 2026